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Marcel Crozet / OIT

De nouvelles estimations mondiales révèlent que 2,1 milliards de personnes font du bénévolat chaque mois.

Les dernières estimations mondiales remettent en question l'idée selon laquelle le bénévolat ne passe que par des organisations et démontrent l'impact des actions civiques quotidiennes, informelles et non rémunérées à travers le monde.

Lorsque nous pensons au bénévolat, nous imaginons souvent des événements caritatifs organisés, des galas à but non lucratif ou des travailleurs humanitaires en uniforme. Mais le Rapport 2026 sur l'état du volontariat dans le monde (SWVR) suggère que nous devons complètement repenser cette image. 

Selon les nouvelles estimations mondiales produites par l'OIT et publiées dans le SWVR, l'ampleur de la solidarité humaine est beaucoup plus importante que ce qui avait été estimé précédemment. Grâce à l'amélioration des outils de mesure, aux nouvelles données disponibles dans certaines régions auparavant peu couvertes et à l'accent mis sur les pays du Sud, nous estimons désormais qu'en moyenne, environ 2,1 milliards de personnes s'engagent chaque mois dans des activités bénévoles. 

Voici les principaux enseignements à tirer des nouvelles estimations mondiales et leur signification.

Que montrent les nouvelles estimations ?

À l'échelle mondiale, 34,5 % des personnes en âge de travailler font du bénévolat chaque mois, les hommes (36,9 %) étant légèrement plus nombreux que les femmes (32,1 %).

La participation varie considérablement selon les régions :

  • L'Afrique enregistre le taux de bénévolat le plus élevé, avec 58,5 %, ce qui reflète le rôle central de l'entraide dans la vie communautaire, les hommes s'engageant davantage dans ce type d'activité que les femmes (63,1 % contre 54,0 %).
  • L'Asie-Pacifique et les Amériques affichent des taux de bénévolat similaires (environ 30 à 32 %). En Asie-Pacifique, les hommes sont également plus enclins à faire du bénévolat que les femmes (34,6 % contre 29,0 %).
  • L'Europe et l'Asie centrale, ainsi que les États arabes, affichent le taux estimé de bénévolat le plus bas, à 24 %. Si l'on ne constate aucune différence entre les taux de bénévolat selon le sexe en Europe et en Asie centrale, celle-ci est significative dans les États arabes.

Le bénévolat direct domine dans le monde entier

Le bénévolat peut être effectué soit par l'intermédiaire ou pour le compte d'organisations, soit directement pour d'autres personnes. L'un des enseignements les plus importants de ce chapitre est que la plupart des activités bénévoles se déroulent en dehors des organisations. À l'échelle mondiale, 25 % des personnes en âge de travailler s'engagent dans des activités bénévoles directes, telles que l'aide à leurs voisins ou le soutien informel à d'autres personnes, contre 11,7 % qui font du bénévolat par l'intermédiaire d'organisations.

Cela a des implications majeures. Cela montre que, dans une grande partie du monde, la résilience et le capital social se construisent horizontalement, à travers des réseaux entre pairs, plutôt que verticalement, à travers des institutions ou des groupes formels. Les efforts de développement qui se concentrent uniquement sur les organisations enregistrées risquent de négliger les formes d'action civique les plus répandues et les plus fiables, en particulier dans les pays du Sud.

Interpréter l'augmentation avec prudence

Par rapport au taux mensuel mondial de 14,9 % cité dans le Rapport sur l'état du volontariat dans le monde 2022, la nouvelle estimation de 34,5 % ne témoigne pas d'une augmentation soudaine de la participation au volontariat. Cette augmentation reflète plutôt une amélioration des méthodes de mesure, en particulier l'inclusion de nouvelles enquêtes du programme VNU conçues pour recenser les formes de volontariat sous-évaluées dans les grands pays à revenu faible et intermédiaire.

Cela souligne un message clé du rapport : les variations du taux de bénévolat au fil du temps doivent être interprétées avec prudence et toujours à la lumière de la manière dont le bénévolat est mesuré.

Une feuille de route pour les politiques et les actions

L'ampleur révélée par ces estimations plaide en faveur d'un changement. Les statistiques sur le bénévolat peuvent aider les décideurs politiques à identifier les lacunes dans les services publics, à orienter l'allocation des ressources et à mieux soutenir les solutions proposées par les communautés. Pour obtenir des estimations mondiales fiables, les pays devront mesurer régulièrement le bénévolat et aligner leurs systèmes statistiques nationaux sur les normes internationales, en particulier la définition de l'ICLS.

Reconnaître et mesurer le travail bénévole ne consiste pas seulement à compter les contributions, mais aussi à reconnaître la solidarité humaine comme une ressource renouvelable pour le développement durable. Lorsque le bénévolat est pleinement visible dans les données et les politiques, les sociétés sont mieux armées pour bâtir un avenir plus équitable, plus résilient et plus inclusif.

Comment les estimations mondiales ont-elles été établies ?

L'estimation suit la définition du travail bénévole donnée parla 19e Conférence internationale des statisticiens du travail (CIST): activités non rémunérées et non obligatoires entreprises par des personnes en âge de travailler afin de produire des biens ou de fournir des services à autrui au cours d'une période de référence de quatre semaines. Cette définition statistique se concentre sur le travail bénévole en tant que forme d'activité productive, qui est un sous-ensemble du « bénévolat » au sens large et exclut des activités telles que les manifestations ou les dons de sang, même si celles-ci peuvent être des actions civiques volontaires. 

Pour produire des estimations mondiales et régionales comparables : 

  • Les données nationales ont été harmonisées sur une période de référence de quatre semaines. 
  • Les observations incohérentes ou peu fiables ont été filtrées.
  • La modélisation a été utilisée pour combler les lacunes dans les données, en particulier lorsque les pays ne mesuraient que certaines formes de bénévolat.
  • Les estimations au niveau national ont été agrégées à l'aide de moyennes pondérées en fonction de la population pour la période 2022-2025 afin d'obtenir des agrégats régionaux et mondiaux.

Cette approche répond à des défis de longue date tels que la rareté des données, la couverture incomplète du volontariat direct et le manque de comparabilité entre les pays. Le chapitre et une annexe spécifique du SWVR fournissent une description détaillée de la méthodologie d'estimation.

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